Portrait de conservateur : Ghislain Faucher (Département du Lot-et-Garonne)

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Ghislain Faucher, directeur de la MD du Lot-et-Garonne

Ghislain Faucher dirige la Médiathèque départementale du Lot-et-Garonne, située à Villeneuve-sur-Lot. Il travaille depuis de nombreuses années en bibliothèque et a acquis sagesse et expérience ; il peut désormais prendre du recul et juger avec philosophie le travail de conservateur, les missions d'une bibliothèque... De l'importance de prendre le temps de réfléchir à ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons...

  • Pouvez-vous présenter votre parcours ?

Je n’avais pas prévu de devenir bibliothécaire, mais j’ai toujours eu un certain goût pour les bibliothèques en tant qu’usager. Professionnellement, j’ai fait un Bac B, puis Sciences-Po Toulouse. Je me destinais à l’administration publique et aux métiers de la banque. Mais j’ai été amené à travailler en bibliothèque pour un remplacement de quelques mois, et j’ai finalement suivi le CAFB organisé par l’Université de Toulouse. J’ai été recruté comme bibliothécaire pour commencer en 1987 à Fumel en Lot-et-Garonne. J’ai ensuite eu l’opportunité de devenir directeur adjoint à la médiathèque de Castres dans le Tarn, pendant la réforme territoriale et c’est ainsi que j’ai intégré le statut de conservateur.

Je suis ensuite revenu en Lot-et-Garonne à Villeneuve-sur-Lot plutôt pour une mission évènementielle, en organisant un Salon du Livre et la mise en avant de la bibliothèque dans les quartiers. En 2004, j’ai postulé à la direction de la médiathèque départementale du Lot-et-Garonne.  

  • C’est quoi pour vous la bibliothèque de vos rêves ?

C’est une question difficile. Je suis partagé car je suis fasciné par ce que sont en train de devenir les bibliothèques (par exemple le 3ème lieu), mais je reste sensible aux bibliothèques ancien modèle, dédiées aux livres et dans lesquelles on peut se réfugier. Les bibliothèques sont à la fois des lieux ouverts sur le monde et des lieux de fuite du monde, dans lesquelles on peut laisser libre cours à l’imagination.

Pour moi, la bibliothèque c’est tout cela à la fois : un lieu ouvert et un lieu pour aimer les livres. Cette richesse-là est fondamentale. La bibliothèque doit rester un lieu attaché aux livres et à la littérature, une parenthèse et un refuge. On est beaucoup aujourd’hui dans la transparence, mais par moment c’est aussi très bien de valoriser l’intimité et le pour-soi.

  • Quelles sont selon vous les qualités majeures d’un conservateur ?

Mon expérience tend à montrer que les qualités les plus difficiles à acquérir sont les capacités d’adaptation permanente et les qualités humaines. Dans ce métier, on n’est jamais confortablement installé dans certaines pratiques et compétences : tout est remis en question chaque matin. Quand on est conservateur c’est une question qui se pose souvent : est-ce que j’arrive à m’adapter au monde et à adapter mon équipe ? C’est une qualité que d’être à l'affût des changements.

Je trouve également qu’il est fondamental d’être en capacité de conduire et d'entraîner des équipes. Cela exige d’être capable de trouver l’équilibre entre la confiance et le contrôle, d’identifier les qualités et faiblesses uns et des autres et d’entraîner les personnes vers les objectifs que l’on se fixe en commun. C’est l’essentiel pour faire vivre une équipe et un équipement. Et ce sont des qualités que l’on peut exercer en ville mais aussi en milieu rural.

  • Y a-t-il des choses que vous avez changées dans votre manière de travailler au cours de votre carrière ?

Il y a ce qui change du fait des transformations qui s’imposent, mais aussi de la fonction que l’on occupe. Le conservateur d’une BDP manipule beaucoup moins de livres, c’est un poste plus administratif, où l’on rencontre davantage d’élus et de collègues sur le territoire. Et puis il y a tout ce que l’on a vu évoluer et ce à quoi on a été amené à nous adapter. Je n’ai pas d’exemple précis mais c’est évident que beaucoup de choses ont changé dans notre façon d’appréhender le travail et dans la façon de le conduire.

  • Quelle est votre source de satisfaction au travail ? Quel est votre meilleur souvenir dans le cadre de votre profession ?

C’est d’abord de sentir que la machine fonctionne bien, que chacun est à sa place et contribue au bon fonctionnement général. C’est une satisfaction toute simple que de se dire que les rouages sont bien huilés et que le service attendu est rendu. Mais j’ai aussi des souvenirs incroyables, notamment dans l'événementiel. J’ai invité un auteur chinois dans le cadre du Salon du livre, et alors qu’il était chez nous, il a appris qu’il recevait le prix Nobel de Littérature. Dans ce métier comme dans d’autres on fait parfois de belles rencontres. Nous sommes dans une activité qui nous conduit à rencontrer des gens et si l’on prend le risque de rencontrer des personnes peu sympathiques, on a aussi la chance faire des rencontres d’une grande richesse et d’une forte intensité. C’est l’opportunité de se nourrir intérieurement grâce à la beauté des personnes et des œuvres que l’on croise. Il se passe alors quelque chose dans mon travail qui impacte ma vie.

  • Qu’est-ce qui vous semble important dans la formation d’un conservateur territorial de bibliothèque ?

Ce qui me semble important c’est de réaliser que l’on n’est pas isolé dans le monde de la culture et d’apprendre à comprendre l’environnement dans sa complexité. C’est avoir cette capacité à être un bon géographe, un bon sociologue… tous ces domaines qu’il est important de comprendre et de maîtriser pour adapter sa pratique à l’environnement dans lequel on se trouve. Nous faisons partie d’un tout et ce tout est un ensemble permanent dans notre société. Dans nos métiers comme ailleurs, on a des réflexes corporatistes, un formatage de la pensée. C’est quelque chose dont on est tous victimes, mais il faut se sensibiliser au fait de faire un pas de côté vis-à-vis du reste du monde. Être en capacité de mettre en perspective, ne pas foncer tête baissée sur des évidences, mais se remettre en question. C’est une disposition d’esprit qui peut s’acquérir.

  • Si vous étiez une œuvre d’art, laquelle seriez-vous ?

Je suis très sensible à la musique et de plus en plus à la musique sacrée et au lyrique. C’est ce qui m’enthousiasme le plus, qui me donne un sentiment d’appartenance à l’humanité. Je voudrais être une œuvre musicale et vocale. Si j’étais une œuvre d’art ce serait la grande messe en Ut mineur de Mozart, ou encore des polyphonies corses. Des œuvres dans lesquelles il peut y avoir une grande exigence esthétique mais aussi une puissance émotionnelle.

 

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